Auteur :
Pierre-Clément Cazon
Directeur de la publication.
À l’approche de l’entrée en application de l’AI Act européen, fixée au 2 août 2026, l’éditeur français Fruggr publie une déclaration d’usage de son intelligence artificielle. Une démarche encore rare dans l’univers SaaS, alors même que la transparence des modèles recule à l’échelle mondiale. Décryptage d’un pari sur la confiance.
L’intelligence artificielle s’est diffusée dans les outils professionnels plus vite que les cadres censés l’encadrer. Fonctions automatisées, traitements augmentés, modèles intégrés directement aux plateformes logicielles : l’IA agit désormais dans les usages quotidiens des organisations, souvent sans que ses contours soient lisibles pour les clients, les directions achats ou les équipes conformité.
Le paradoxe est documenté. Selon l’indice de transparence des modèles de fondation de l’université de Stanford, le score moyen des principaux fournisseurs est passé de 58 sur 100 en 2024 à 40 en 2025. Si une partie de ce recul tient à un durcissement des critères d’évaluation cette année-là, le constat de fond demeure : les entreprises restent les plus opaques précisément là où l’évaluation des risques l’exige, à savoir sur les données et la puissance de calcul d’entraînement et sur les usages et impacts en aval de leurs modèles. Au moment où la régulation réclame davantage de visibilité, le marché en livre globalement moins.
La question n’est donc plus de savoir si une entreprise utilise l’IA, mais comment : quels systèmes sont mobilisés, à partir de quelles données, pour quels usages, et avec quel niveau de risque. C’est cette zone grise que l’éditeur français Fruggr, plateforme de gouvernance de l’IA et de durabilité numérique développée par Digital4Better, cherche à éclairer avec la publication de son AI Disclosure.
Le mouvement réglementaire est mondial. Aux États-Unis, quatorze États ont adopté vingt-sept textes liés à l’IA entre 2023 et 2025, dont la majorité sont entrés en vigueur début 2026 ; la Chine, la Corée du Sud et d’autres juridictions ont déployé leurs propres cadres. Au-delà de leurs différences d’approche, ces textes pointent dans une même direction : davantage de transparence et de sécurisation des systèmes.
La réunion ministérielle du G7 numérique s’inscrit dans cette dynamique. Les sept pays ont réaffirmé la nécessité d’une intelligence artificielle au service de tous, sûre et de confiance, en retenant clairement les axes de transparence et de sécurisation. On notera toutefois que la durabilité du numérique, pourtant indissociable de la massification des usages IA et de leur coût énergétique, a été écartée des conclusions. Un angle mort, à l’heure où l’empreinte des infrastructures d’IA devient un sujet de pilotage à part entière.
En Europe, cette orientation prend une forme contraignante. À compter du 2 août 2026, l’AI Act s’applique pleinement aux systèmes d’IA à haut risque, avec une obligation de documentation complète garantissant transparence et traçabilité. Pour les entreprises, l’effet est très concret : l’usage de l’IA va devoir être documenté et opposable, notamment dans les questionnaires de sécurité et les appels d’offres. Les directions achats voudront savoir quels modèles un fournisseur utilise et quels contrôles il a mis en place.
Réduire la transparence de l’IA à un sujet de conformité serait une erreur de lecture. Avec l’AI Act, les entreprises devront consolider une vue d’ensemble de leurs usages, y compris des systèmes d’IA intégrés à des solutions tierces. Les plateformes SaaS seront, de fait, interrogées dans les processus d’achat et de référencement.
Deux enjeux se superposent. Le premier est commercial : dans un marché où les fonctions d’IA sont devenues un standard et non plus un facteur de distinction, la transparence documentée devient un véritable élément différenciant et un facteur de confiance. Le second relève de l’adoption : embarquer l’ensemble des parties prenantes, clients comme collaborateurs, suppose de rendre lisibles les systèmes déployés. La confiance ne se décrète pas, elle se prouve.
C’est dans cette logique que se situe l’AI Disclosure de Fruggr, conçu comme un document de référence rendant visibles les systèmes d’IA mobilisés, leur niveau de risque, les flux de données associés et les indicateurs suivis. Fruggr assume par ailleurs un parti pris inhabituel : celui d’une transparence perfectible et évolutive, plutôt qu’un document figé présenté comme exhaustif.
Les échanges menés par l’éditeur lors de ses rencontres avec des décideurs convergent vers un même constat : la conformité pour la conformité n’intéresse personne. Cocher des cases ne crée pas d’adhésion. Les sujets qui mobilise réellement les directions, c’est la confiance, la transparence et la possibilité d’avancer avec un tiers de confiance capable d’objectiver les pratiques.
Les interlocuteurs rencontrés sont par ailleurs lucides sur un point : la réussite d’une démarche d’IA repose sur sa capacité à embarquer toutes les parties prenantes. C’est précisément ce que vise un document de transparence partageable, à mi-chemin entre l’outil de due diligence pour les acheteurs et le support de dialogue interne.
L’initiative de Fruggr illustre un mouvement de fond porté de longue date par les acteurs européens du numérique responsable : transformer la conformité réglementaire en levier de différenciation plutôt qu’en coût subi. À huit semaines de l’échéance européenne, la question ouverte est de savoir si le reste du marché SaaS suivra, ou si la transparence documentée restera, encore un temps, l’exception plutôt que la règle.
Indice de transparence des modèles de fondation 2025 (58 → 40/100) — Stanford HAI : hai.stanford.edu/news/transparency-in-ai-is-on-the-decline
Application de l’AI Act au 2 août 2026 (documentation, transparence, traçabilité) — Service Public / DGE : entreprendre.service-public.gouv.fr/actualites/A18475
Calendrier et cadre de l’AI Act — Commission européenne : digital-strategy.ec.europa.eu/fr/policies/regulatory-framework-ai
27 lois IA dans 14 États américains (2023-2025), d’après le Future of Privacy Forum : creati.ai/fr/ai-news/2026-02-19/27-ai-laws-enacted-us-states-2023-2025
Fruggr est une plateforme de gouvernance de l’IA et de durabilité numérique éditée par Digital4Better, labellisée GreenTech Innovation. Elle aide les organisations à gagner en visibilité sur leurs usages, à mesurer le ROI de leurs démarches et à sécuriser leur conformité aux référentiels tels que l’EU AI Act et l’ISO 42001.
En savoir plus : fruggr.io