Auteur :
Pierre-Clément Cazon
Directeur de la publication.
TSMC, leader mondial des semi-conducteurs, a proposé aujourd’hui à Nvidia, AMD, Broadcom et Qualcomm de créer une coentreprise afin d’opérer les usines de fabrication d’Intel aux États-Unis. Cette initiative, sollicitée par l’administration Trump, vise à relancer Intel en difficulté financière tout en renforçant la souveraineté technologique américaine.
Intel traverse actuellement une crise financière majeure : en 2024, le géant américain a enregistré une perte nette de 18,8 milliards de dollars. Face à ces difficultés, l’administration américaine a sollicité l’aide de TSMC pour redynamiser la division fonderie d’Intel. En réponse, TSMC propose une coentreprise où il gérerait directement les opérations des usines Intel sans toutefois détenir plus de 50 % du capital. Cette condition permettrait de préserver une majorité américaine et ainsi rassurer le gouvernement américain quant aux enjeux stratégiques liés à la souveraineté technologique.
Cette proposition intervient alors que TSMC vient d’annoncer un investissement massif supplémentaire de 100 milliards de dollars aux États-Unis pour construire trois nouvelles usines, deux centres d’emballage avancé et un centre majeur de recherche et développement.
La participation à cette coentreprise pourrait offrir aux grands concepteurs américains tels que Nvidia, AMD ou Broadcom un accès privilégié aux capacités industrielles d’Intel. Ces entreprises pourraient ainsi :
Actuellement, Nvidia et Broadcom réalisent déjà des tests sur la technologie 18A d’Intel, tandis qu’AMD évalue activement cette solution pour ses propres besoins industriels.
Si cette proposition est prometteuse sur le papier, elle soulève néanmoins plusieurs défis techniques concrets rarement abordés dans les analyses actuelles :
Du point de vue du gouvernement américain, cette initiative pourrait permettre :
Toutefois, l’implication directe d’une entreprise étrangère comme TSMC pourrait compliquer le discours politique autour de l’objectif affiché d’une autosuffisance complète des États-Unis dans ce domaine stratégique.
Parmi les entreprises sollicitées par TSMC figure également Qualcomm. Cependant, selon les informations disponibles actuellement, Qualcomm aurait pris ses distances avec ces négociations préliminaires. Les raisons précises du retrait partiel ou total de Qualcomm restent aujourd’hui inconnues mais pourraient être liées aux mêmes préoccupations techniques ou stratégiques évoquées précédemment.
La situation financière délicate d’Intel constitue un élément central expliquant ce rapprochement inédit avec TSMC :
Ces difficultés financières expliquent pourquoi Intel envisage aujourd’hui sérieusement cette ouverture stratégique vers ses concurrents historiques via la proposition faite par TSMC.
Enfin, il est important de souligner que toute concrétisation effective de ce projet nécessitera obligatoirement l’approbation explicite du gouvernement américain. L’administration Trump ayant déjà exprimé publiquement sa réticence face à une propriété étrangère totale ou majoritaire sur les infrastructures industrielles critiques américaines telles que celles détenues par Intel. Ce point constitue donc un obstacle politique majeur qui devra être levé avant toute mise en œuvre concrète du projet proposé par TSMC.