Auteur :
Pierre-Clément Cazon
Directeur de la publication.
L’entreprise commune EuroHPC a lancé l’appel d’offres qui doit conduire à la création de sept gigafabriques d’intelligence artificielle au maximum dans l’Union européenne. Ces centres réuniront des accélérateurs spécialisés, du stockage, des réseaux à très haut débit et des services cloud afin de développer, entraîner et exploiter de grands modèles d’IA.
Aucun projet ni territoire d’implantation n’est encore retenu. Les consortiums doivent désormais présenter leurs capacités techniques, leur financement, leur calendrier et leurs engagements en matière de sécurité et d’efficacité énergétique.
Les gigafabriques compléteront les 19 fabriques d’IA déjà engagées en Europe. Ces dernières donnent accès aux supercalculateurs EuroHPC et accompagnent les entreprises et les chercheurs. Les nouvelles installations devront atteindre une échelle supérieure, adaptée aux modèles nécessitant plusieurs dizaines de milliers d’accélérateurs.
L’appel distingue deux catégories de projets. Le premier lot pourra retenir jusqu’à quatre gigafabriques, avec une capacité minimale équivalente à 25 000 accélérateurs Nvidia H100 lors de la première phase, puis 75 000 après extension.
Le second lot pourra sélectionner jusqu’à trois projets. Chaque installation devra atteindre au moins 40 000 équivalents H100 durant sa première phase, puis 100 000 à terme.
Cette unité sert uniquement à comparer la puissance des différentes architectures. Elle n’impose pas l’achat de processeurs H100 : les candidats pourront proposer d’autres accélérateurs ou combiner plusieurs technologies.
Le soutien public ne prendra pas seulement la forme de subventions. EuroHPC et les États participants achèteront du temps de calcul et des services aux opérateurs retenus, leur garantissant ainsi une première demande.
L’Union européenne pourra engager jusqu’à 5 milliards d’euros et les États membres devront apporter une contribution au moins équivalente. Selon la Commission, ces 10 milliards d’euros de commandes et de financements publics pourraient soutenir au moins 20 milliards d’euros d’investissements privés.
Le total dépasserait alors 30 milliards d’euros. Ce montant reste une estimation : il dépendra du nombre de projets retenus, de leur passage à la seconde phase et des capitaux effectivement réunis par les consortiums.
La construction des bâtiments, la préparation des sites et une grande partie des dépenses d’exploitation resteront à la charge des opérateurs. Le coût complet d’une gigafabrique est estimé par EuroHPC entre 4 et 5 milliards d’euros au minimum.
La France fait partie des 18 États membres associés à la procédure commune. Cette participation lui permettra de contribuer à l’achat de capacités auprès des projets sélectionnés.
Elle ne confirme toutefois ni l’installation d’une gigafabrique sur le territoire français, ni l’attribution d’un volume déterminé de calcul aux entreprises françaises. Les candidats peuvent proposer un centre unique, plusieurs sites dans un même pays ou une infrastructure répartie entre différents États.
Pour les start-up, les PME, les chercheurs et les industriels européens, l’objectif est de rendre accessibles des ressources aujourd’hui difficiles à financer individuellement. Les conditions d’accès, les tarifs et la répartition entre utilisateurs publics et privés ne sont pas encore fixés.
La Commission européenne a signé des lettres d’intention avec AMD, Nvidia et Qualcomm afin de faciliter l’accès aux équipements nécessaires. Aucun fabricant ni processeur n’est cependant sélectionné à ce stade.
Les consortiums pourront utiliser des technologies provenant d’Europe ou de pays considérés comme partenaires. La souveraineté recherchée portera donc surtout sur l’implantation des infrastructures, leur gouvernance, la sécurité des données et le contrôle des opérations critiques.
Les candidats devront détailler la sécurité de leur chaîne d’approvisionnement et limiter les risques liés à des prestataires établis dans des pays tiers. Les fonctions essentielles devront être exploitées dans l’Union européenne sous responsabilité juridique et technique européenne.
Ces infrastructures auront des besoins énergétiques considérables. Lors de leur seconde phase, les projets devront pouvoir atteindre une charge informatique minimale de 120 MW pour le premier lot et de 150 MW pour le second.
EuroHPC évaluera notamment leur efficacité énergétique, leur consommation d’eau, leur système de refroidissement et leurs possibilités de récupération de chaleur. Un PUE inférieur ou égal à 1,10 et un WUE inférieur ou égal à 0,20 correspondent aux meilleurs niveaux d’évaluation. Une alimentation entièrement renouvelable avec correspondance horaire obtiendra également la meilleure note.
Ces valeurs servent à départager les candidatures et ne constituent pas toutes des seuils éliminatoires. Elles permettront néanmoins de comparer plus précisément les conséquences environnementales de centres de données fonctionnant à une échelle encore rare en Europe.
Les candidatures doivent être déposées avant le 12 novembre 2026. EuroHPC prévoit d’annoncer les projets sélectionnés au début de 2027, avant la signature des contrats et le lancement des travaux. Les premières capacités devront être disponibles au plus tard 18 mois après la conclusion de chaque contrat.
Crédit image : Union européenne, 2025, sous licence CC BY 4.0.