L’IA pèsera 44 % du trafic réseau mondial en 2035, selon Nokia

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Baies de serveurs dans un centre de données traversées par des faisceaux lumineux jaunes et violets symbolisant les flux de données
© Nokia

Nokia publie ce mercredi son rapport sur le trafic réseau mondial entre 2026 et 2035. L’équipementier finlandais prévoit un volume presque multiplié par quatre en dix ans, dont 44 % lié à l’intelligence artificielle. Les agents IA et les robots devraient surtout faire grimper le trafic montant, celui qui part des appareils vers le réseau.

Nokia a dévoilé le 4 novembre 2026 son Global Network Traffic Report, une projection du trafic des réseaux fixes et mobiles à l’horizon 2035. Selon l’équipementier, le volume total atteindrait près de 3 789 exaoctets par mois en 2035, soit presque quatre fois le niveau de 2026. Un exaoctet équivaut à un milliard de gigaoctets.

L’intelligence artificielle représenterait 44 % de ce total, soit 1 681 exaoctets par mois, avec une croissance annuelle moyenne de 28 % contre 12 % pour le reste du trafic. Nokia ne se limite pas aux chatbots et aux outils d’IA générative grand public, à l’origine de la première vague de trafic : le rapport intègre aussi les logiciels autonomes et les machines connectées, deux usages dont le volume reste limité aujourd’hui.

Ce total regroupe deux catégories. Le trafic directement produit ou piloté par l’IA atteindrait 987 exaoctets par mois, soit 26 % du trafic mondial. S’y ajoutent 694 exaoctets de trafic dit « influencé » par l’IA : la consommation supplémentaire de vidéos ou d’achats en ligne déclenchée par les recommandations des algorithmes.

Agents IA et robots, les deux usages qui progressent le plus

Le rapport distingue deux familles. L’IA dite agentique désigne des logiciels autonomes qui agissent pour le compte de l’utilisateur, un domaine que NVIDIA cherche déjà à encadrer avec une plateforme de sécurité. Nokia prévoit que leur trafic sera 160 fois plus élevé en 2035 qu’en 2026.

L’IA physique regroupe les robots, véhicules et machines qui perçoivent et agissent dans le monde réel, à l’image des robotaxis que Waymo et Toyota prévoient de déployer au Japon. Son trafic serait multiplié par 105 sur la même période.

Le rapport s’appuie sur une forte progression du parc de ces machines : Nokia table sur 17,1 millions de robots humanoïdes en service en 2035, 6,8 millions de drones commerciaux et 2,5 millions de robotaxis.

Le trafic montant devient un enjeu pour les opérateurs

Les réseaux d’accès actuels, fibre comme 4G et 5G, ont été conçus pour transporter beaucoup plus de données vers l’utilisateur (le flux descendant) que dans l’autre sens.

L’IA physique inverse la logique : un robot ou un véhicule envoie en permanence les données de ses capteurs et de ses caméras. Selon Nokia, plus de 90 % du trafic de l’IA physique passera par la voie montante en 2035. Dans les cellules mobiles où l’usage de l’IA sera le plus intense, le flux montant représenterait 24 % du trafic d’accès total.

Les appareils portés présentent un autre profil. Selon le rapport, des lunettes connectées restent souvent silencieuses pendant de longues périodes, puis envoient de courtes rafales de données lorsqu’elles capturent et analysent une scène.

Pour Nokia, l’IA remet ainsi en cause la conception asymétrique des réseaux d’accès traditionnels, pensés d’abord pour le téléchargement.

Une partie des calculs rapprochée des utilisateurs

La majorité du trafic de l’IA resterait traitée dans les grands centres de données, comme le site de plus de 1 GW prévu dans la centrale de Drax au Royaume-Uni. Nokia estime toutefois que la périphérie du réseau et les cœurs de réseau métropolitains prendront en charge 36 % du trafic nativement lié à l’IA en 2035.

Le rapport avance trois raisons à ce déplacement : des modèles plus économes, capables de tourner sur des infrastructures plus modestes, le besoin de temps de réponse plus courts et les exigences de souveraineté des données. Nokia décrit cette architecture comme une « grille d’IA », c’est-à-dire une infrastructure de calcul distribuée sur le réseau plutôt que concentrée dans quelques sites.

« L’IA change ce que nous attendons des réseaux, pas seulement la quantité de trafic qu’ils transportent », affirme Pallavi Mahajan, directrice de la technologie et de l’IA de Nokia, qui appelle à intégrer l’état des réseaux dès la planification des projets d’IA.

La box 4G et 5G gagne du terrain

Le rapport ne porte pas uniquement sur l’IA. Il prévoit que l’accès fixe sans fil, qui consiste à fournir Internet à domicile par le réseau mobile via une box 4G ou 5G, générera plus du tiers du trafic cellulaire grand public en 2035.

Nokia indique avoir construit ses prévisions à partir d’un modèle qui additionne les usages des particuliers, des entreprises et de l’IA, en combinant l’utilisation des applications, l’activité des appareils connectés et les flux de travail des agents. Le modèle s’appuie aussi sur des études de tiers, des avis d’experts et des tests menés dans les laboratoires de l’équipementier. Le rapport complet est disponible sur le site de Nokia.

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